Les consonnes deviennent difficiles à distinguer, le détail des cymbales disparaît. Un mix réalisé avec une oreille abîmée risque d’être trop brillant pour les autres.
SANTÉ & ÉCOUTE · HEARING
L’oreille : santé et écoute
L’oreille est l’outil principal de la MAO, et elle ne se remplace pas. La protéger, c’est préserver sa santé ; comprendre comment elle entend, c’est aussi mieux mixer.
UN CAPITAL QUI NE SE RÉPARE PAS
Pourquoi s’en préoccuper
Dans l’oreille interne, des milliers de cellules ciliées transforment les vibrations en signaux nerveux. Une exposition trop forte ou trop longue les abîme, et elles ne repoussent pas. La perte est progressive, souvent indolore, et touche d’abord les aigus : on ne s’en rend compte qu’après coup.
Sifflement, bourdonnement ou grésillement perçu sans source extérieure. Passager après un concert, il peut devenir permanent.
Les bruits du quotidien paraissent agressifs. Elle accompagne souvent les acouphènes après un traumatisme sonore.
Écouter longtemps, souvent au casque, en remontant le volume pour « mieux entendre » : c’est exactement le cas où la dose s’accumule sans qu’on la sente.
NIVEAU × DURÉE
La dose sonore
Ce qui fatigue et abîme l’oreille, c’est la quantité totale de son reçue : le niveau et le temps d’exposition. Un repère de prévention courant fixe une dose de référence à 80 dB(A) pendant 8 heures. Chaque fois que le niveau monte de 3 dB, l’énergie double : la durée équivalente est divisée par deux.
En France, les lieux diffusant de la musique amplifiée doivent notamment limiter le niveau moyen à 102 dB(A) sur 15 minutes et informer le public sur les risques auditifs.
AU STUDIO ET À LA MAISON
Casque et enceintes
Le casque met la source à quelques millimètres du tympan : un niveau élevé s’atteint très vite, sans la sensation de « bruit ambiant » qui alerterait dans une pièce.
Commencer volume au minimum et monter jusqu’à entendre confortablement, pas plus. Si une conversation à côté devient inaudible, c’est déjà fort.
Dans un lieu bruyant, on monte le volume pour couvrir le bruit. Un casque fermé ou isolant permet d’écouter plus bas pour la même clarté.
Pour travailler longtemps, un niveau proche d’une conversation animée suffit. On monte ponctuellement pour vérifier, puis on redescend.
Faire régulièrement une pause au calme, par exemple quelques minutes toutes les heures, et davantage après une séance forte.
SAVOIR RÉAGIR
Les signaux d’alerte
après une séance, une répétition ou un concert.
les sons paraissent étouffés, comme à travers un tissu.
une porte qui claque, des couverts, une voix forte deviennent désagréables.
surtout dans un lieu bruyant.
RÉPÉTITION, CONCERT, SÉANCE
Se protéger
Ils atténuent fortement, mais surtout les aigus : la musique paraît sourde. Parfaits pour le public ou les transports.
Un filtre réduit le niveau de façon plus régulière sur toutes les fréquences : on continue d’entendre l’équilibre. Des versions moulées sur mesure existent.
En plein air, s’éloigner deux fois plus d’une enceinte fait gagner environ 6 dB. Ne pas se placer contre les enceintes ou les retours.
Une heure à fort niveau pèse bien plus qu’une journée à niveau modéré. Sortir régulièrement d’une salle bruyante réduit la dose.
LE CÔTÉ TECHNIQUE
L’oreille et le mixage
L’oreille n’est pas un micro de mesure : sa sensibilité dépend du niveau, de la fréquence et de sa fatigue. Le connaître évite des erreurs de mixage que l’on attribue à tort au matériel.
Les courbes d’égale sonie
Chaque courbe relie les niveaux qui paraissent aussi forts qu’un son de 1 kHz. À faible niveau, il faut beaucoup plus d’énergie dans les graves (et dans l’extrême aigu) pour les percevoir aussi forts : à bas volume, les graves semblent disparaître.
À fort volume, les graves paraissent abondants ; on en met peu. Réécouté plus bas, le mix manque de fondations.
À très bas volume, on compense l’absence apparente de graves en les poussant ; à niveau normal, le bas devient envahissant.
Choisir un niveau d’écoute modéré et le garder, en le repérant sur le bouton de volume, rend les décisions comparables d’un jour à l’autre. On vérifie ensuite ponctuellement plus bas et plus fort.
Entre deux versions, la plus forte paraît presque toujours meilleure. Pour juger un traitement ou une référence, on compare à sonie égale : c’est l’A/B compensé.
Après des heures, les aigus agressent moins et la compression paraît naturelle : on rend le mix plus brillant et plus serré qu’il ne faut. Les décisions importantes se prennent l’oreille reposée.
Écouter très bas révèle l’équilibre des éléments principaux ; écouter en mono révèle les problèmes de phase. Deux contrôles courts, peu fatigants.