Chaque note est placée sur une portée, dans une mesure, avec une figure de durée. Le logiciel vérifie que chaque mesure est complète.
NOTATION MUSICALE · SCORE EDITOR
L’éditeur de partition
Un éditeur de partition sert à écrire la musique pour qu’elle soit lue : il place les notes sur la portée, les fait entendre pour vérifier, met en page, puis produit une partition imprimable ou un fichier à partager.
À QUOI ÇA SERT ?
Écrire pour des musiciens, pas pour un mixage
Une DAW est centrée sur le son : elle enregistre, place des clips dans le temps, traite et mixe. Un éditeur de partition est centré sur la lecture : son résultat principal est une page que des musiciens pourront déchiffrer et jouer. Il sait aussi faire entendre la musique, mais surtout pour vérifier ce qui est écrit.
La lecture intégrée joue la partition avec des sons d’instruments. Elle sert à repérer une fausse note ou un rythme erroné.
Espacement des notes, systèmes, pages, titres et parties séparées pour chaque instrument : c’est le travail de gravure.
PDF pour les musiciens, MusicXML pour un autre logiciel de partition, MIDI pour une DAW.
| DAW | Éditeur de partition | |
|---|---|---|
| Unité de travail | Piste, clip, région | Portée, mesure, note |
| Le temps est compté en | Secondes, mesures et ticks, positions libres | Mesures et figures de notes |
| Résultat | Un fichier audio mixé | Une partition imprimable |
| Destinataire | Des auditeurs | Des musiciens qui lisent |
Quelques logiciels
- MuseScore Studio gratuit et libre, pour Windows, macOS et Linux. Un bon point de départ.
- Dorico, Sibelius logiciels professionnels payants, avec des éditions allégées.
- Finale arrêté par son éditeur en 2024 : on rencontre encore beaucoup de fichiers créés avec lui.
- Éditeurs intégrés aux DAW certaines DAW, comme Logic Pro ou Cubase, affichent les pistes MIDI en partition, avec moins d’options de mise en page.
Et la fenêtre partition d’une DAW ?
Beaucoup de DAW proposent une vue « partition » pour leurs pistes MIDI. Elle rend service pour relire une mélodie ou donner une idée à un musicien, mais ce n’est pas un éditeur de partition, pour une raison de fond : ce que le logiciel enregistre.
La DAW garde des événements MIDI : des numéros de notes, des positions en ticks, des durées réellement jouées et des vélocités. Sa partition est une traduction calculée à l’affichage : elle arrondit le rythme selon une quantification d’affichage, devine l’orthographe des altérations (do♯ ou ré♭ ?) et place silences et liaisons à partir des nombres. Changer ce réglage change le dessin sans toucher aux notes. À l’inverse, l’éditeur de partition garde la notation elle-même, écrite et mise en page ; le son n’est qu’une lecture de cette notation.
C’est pourquoi une partition sortie d’une DAW demande souvent des retouches : durées hachées, altérations mal orthographiées, mise en page limitée. Pour produire une partition à distribuer, on exporte plutôt le MIDI ou le MusicXML vers un éditeur de partition.
Il y a aussi des usages du MIDI qui n’ont aucun sens sur une partition. Dans une production, les notes servent souvent à commander un instrument ou un plugin plutôt qu’à écrire une mélodie :
- Batterie et sampleur Chaque note déclenche un son, pas une hauteur : Do1 pour la grosse caisse, Ré1 pour la caisse claire. Retranscrites telles quelles, ces notes deviennent des notes graves absurdes ; il faut une table de batterie pour les écrire sur une portée de percussions.
- Keyswitches Dans les banques d’instruments orchestraux, des notes placées hors de la tessiture ne sonnent pas : elles choisissent l’articulation (legato, pizzicato, staccato…). Sur une partition, un musicien lit simplement « pizz. » au-dessus de la portée.
- Arpégiateur La piste contient un accord tenu ; c’est le plugin qui le transforme en notes rapides. La partition montrerait l’accord, pas ce que l’on entend.
- Durées et vélocités techniques Une note très courte suffit à déclencher un long échantillon, deux notes qui se chevauchent commandent un glissement (portamento) sur un synthé monophonique, et la vélocité choisit une couche d’échantillons. Ces valeurs règlent une machine, pas une interprétation.
- Notes de commande Une note peut aussi lancer un clip, changer de scène ou déclencher le sidechain d’un compresseur sans jamais être entendue.
Le MIDI est un langage de commande pour des machines, la partition un langage pour des musiciens : ce qui est juste dans l’un n’est pas forcément transcriptible dans l’autre.
LIRE L’ÉCRAN · READING THE SCORE
Les éléments d’une partition
L’écran d’un éditeur de partition ressemble à une partition imprimée. Chaque symbole a un rôle précis, et le logiciel les place selon des règles de gravure. Clique sur un numéro ou sur un nom pour repérer l’élément.
Les figures de durée
La forme de la note indique sa durée. Chaque figure vaut la moitié de la précédente, et chacune possède un silence de même durée. Les valeurs indiquées ici correspondent à une mesure en 4/4.
| Figure | Note | Silence | Durée en 4/4 |
|---|---|---|---|
| rondewhole note | pause | 4 temps | |
| blanchehalf note | demi-pause | 2 temps | |
| noirequarter note | soupir | 1 temps | |
| crocheeighth note | demi-soupir | ½ temps | |
| double crochesixteenth note | quart de soupir | ¼ de temps |
La clé change le nom des notes
Le même son s’écrit à un endroit différent selon la clé. La clé de sol convient aux sons aigus et médiums (voix aiguës, flûte, violon, main droite du piano), la clé de fa aux sons graves (basse, violoncelle, main gauche du piano). Ici, le même Do4, le do du milieu du piano :
NOTE INPUT · SAISIE DES NOTES
Saisir les notes
Pour chaque note, le logiciel doit connaître trois informations : sa hauteur, sa durée et sa position dans la mesure. Les méthodes de saisie diffèrent surtout par la façon de fournir la hauteur et la durée.
Cliquer sur la portée
On choisit une durée dans la palette, puis on clique sur la portée à la hauteur voulue. C’est intuitif, mais lent, et un clic un peu trop haut ou trop bas donne la note voisine.
Une lettre, un chiffre
En mode saisie, un chiffre choisit la durée et une lettre choisit la note. Le logiciel prend l’octave la plus proche de la note précédente ; les flèches corrigent ensuite la hauteur. C’est la méthode la plus rapide une fois apprise.
La hauteur au clavier, la durée à l’ordinateur
En saisie pas à pas (step input), on choisit la durée à l’ordinateur puis on joue la note ou l’accord sur le clavier MIDI. Le rythme joué ne compte pas : on peut prendre son temps.
Jouer avec le métronome
On joue en suivant un clic, et le logiciel déduit les durées de ce qu’il reçoit. C’est rapide, mais il doit arrondir le rythme joué : c’est la quantification, souvent suivie de corrections.
Essayer la saisie
Cette petite portée fonctionne comme un vrai éditeur : la barre bleue marque l’endroit où ira la prochaine note. Choisis une durée, puis donne la hauteur à la souris, au clavier d’ordinateur ou avec un clavier MIDI. Sous la portée, une ligne explique ce que le logiciel vient de faire.
Notation dessinée avec VexFlow, bibliothèque libre sous licence MIT.
Les noms de notes au clavier
Les raccourcis utilisent les noms anglais des notes, avec des lettres :
| Français | Do | Ré | Mi | Fa | Sol | La | Si |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Anglais | C | D | E | F | G | A | B |
Les altérations : dièse = sharp (♯), bémol = flat (♭), bécarre = natural (♮).
Raccourcis courants
Exemple avec les raccourcis par défaut de MuseScore Studio. Les autres logiciels suivent des principes proches, avec d’autres touches : leur aide contient toujours une liste de raccourcis.
| Touche | Action |
|---|---|
| N | Entrer dans le mode saisie ou en sortir (Échap en sort aussi) |
| 3 à 7 | Durée : double croche, croche, noire, blanche, ronde |
| . | Note pointée |
| A à G | Écrire la note La, Si, Do, Ré, Mi, Fa ou Sol |
| 0 | Écrire un silence |
| ↑ ↓ | Monter ou descendre la note d’un demi-ton |
| Ctrl + ↑ ↓ | Monter ou descendre d’une octave (⌘ sur Mac) |
| + | Lier la note à la suivante |
| Ctrl + Z | Annuler (⌘ + Z sur Mac) |
RÈGLES DE NOTATION
Ce que le logiciel fait à ta place
Un éditeur de partition applique en permanence les règles d’écriture. C’est ce qui le distingue d’un simple dessin de notes : il sait ce que vaut chaque figure et ce que contient chaque mesure.
Une mesure est toujours pleine
En 4/4, une mesure contient exactement quatre temps. Ce qui n’est pas encore écrit est rempli de silences, que l’on remplace en saisissant les notes suivantes.
Une note qui dépasse la barre
Il ne reste qu’un temps dans la mesure : le logiciel coupe la blanche à la barre et relie les deux noires par une liaison de prolongation. On entend toujours une seule note de deux temps.
Les croches par temps
Les croches d’un même temps sont reliées par une ligature : l’œil repère ainsi immédiatement les temps. Le logiciel oriente aussi les hampes selon la position des notes sur la portée.
Le bécarre nécessaire
Une altération accidentelle vaut jusqu’à la fin de la mesure. Pour rejouer un fa naturel après un fa♯, il faut un bécarre : le logiciel l’ajoute seul, et le retire dès la mesure suivante.
Le logiciel s’occupe aussi de l’espacement : une blanche occupe plus de place qu’une croche, les altérations et les points ne doivent rien chevaucher, et les mesures sont réparties en lignes (les systèmes) puis en pages.
TROIS REPRÉSENTATIONS
Partition, piano roll et MIDI
La même mélodie peut s’afficher de trois façons. Les DAW montrent surtout le piano roll, les éditeurs de partition la notation, et le fichier MIDI ne contient qu’une liste d’événements. Change de vue pour comparer :
La hauteur se lit à la position sur la portée, la durée à la forme de la note. Les mesures rendent la pulsation visible.
Chaque note est une barre : la hauteur se lit sur l’axe vertical, la durée à la longueur de la barre. Pas de clé, pas de figure de note : c’est la vue la plus directe pour éditer du MIDI.
| Position | Note | N° MIDI | Durée (ticks) | Vélocité |
|---|---|---|---|---|
| 1.1 | Do4 | 60 | 480 | 82 |
| 1.2 | Do4 | 60 | 480 | 76 |
| 1.3 | Do4 | 60 | 480 | 78 |
| 1.4 | Ré4 | 62 | 480 | 84 |
| 2.1 | Mi4 | 64 | 960 | 92 |
| 2.3 | Ré4 | 62 | 960 | 80 |
| 3.1 | Do4 | 60 | 480 | 79 |
| 3.2 | Mi4 | 64 | 480 | 88 |
| 3.3 | Ré4 | 62 | 480 | 81 |
| 3.4 | Ré4 | 62 | 480 | 77 |
| 4.1 | Do4 | 60 | 1920 | 70 |
Le fichier MIDI ne stocke que des nombres : la note, le moment où elle commence, sa durée en ticks (ici 480 par noire) et sa vélocité. Aucune clé, aucune mesure dessinée : c’est le logiciel qui reconstruit une partition à partir de ces valeurs.
Ce que la partition dit, et que le MIDI ne dit pas
Deux écritures, un seul son
Do♯ et ré♭ correspondent à la même touche du piano, la note MIDI n° 61. La partition choisit l’une ou l’autre selon la tonalité et le sens de la mélodie. À l’import d’un fichier MIDI, le logiciel doit donc deviner l’orthographe.
L’intention ou la réalité
Une noire marquée staccato s’écrit noire mais se joue courte. Le MIDI enregistre la durée réellement tenue ; la partition écrit l’intention et laisse le musicien l’interpréter.
Des mots plutôt que des nombres
mf, crescendo, legato, un titre ou une indication de caractère : la partition les écrit en toutes lettres. Le MIDI ne peut les traduire qu’en vélocités et en contrôleurs, sans garder le mot.
La quantification
Quand on joue en temps réel, ou qu’on importe un fichier MIDI enregistré, les notes ne tombent jamais exactement sur les temps. Le logiciel doit arrondir leurs positions et leurs durées à une valeur de grille : c’est la quantification.
EXPORTER · EXPORT
Exporter et échanger
Un même projet de partition peut produire plusieurs fichiers. Le bon format dépend de ce que le destinataire va en faire.
| Format | Ce qu’il contient | À utiliser pour |
|---|---|---|
| L’image des pages, telle qu’elle sera imprimée | Donner la partition à des musiciens. Elle ne se modifie plus. | |
MusicXML .musicxml .mxl | Les notes et la notation : clés, mesures, liaisons, nuances, paroles | Passer d’un logiciel de partition à un autre en gardant une partition modifiable |
MIDI .mid | Des événements : notes, durées, vélocités, tempo | Envoyer la musique vers une DAW, pour la faire jouer par des instruments virtuels |
Audio .wav .mp3 | Le son de la lecture intégrée | Écouter ou partager une maquette |
| Fichier du logiciel | Tout le projet, mise en page comprise | Continuer le travail, dans le même logiciel uniquement |
Les parties séparées
Pour un ensemble, chaque musicien reçoit sa partie (part) : seulement sa portée, avec sa propre mise en page. Le logiciel les tire automatiquement du conducteur (score), qui réunit tous les instruments. Pour les instruments transpositeurs, comme la clarinette en si♭ ou la trompette, il écrit aussi la partie dans la bonne tonalité.