MMAO PERSAN
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02 · DIGITAL AUDIO

Audio numérique

Échantillonner limite les fréquences représentables. Quantifier ajoute une erreur d’amplitude. Le dithering transforme la nature de cette erreur.

fs>2 × fmax
01

BANDE LIMITÉE

Nyquist-Shannon : une condition, pas une recette graphique

Le théorème d’échantillonnage, dit de Nyquist-Shannon (souvent « théorème de Shannon » en France), affirme qu’un signal continu limité à moins de la moitié de la fréquence d’échantillonnage peut être reconstruit exactement à partir de ses échantillons. Les points ne sont donc pas reliés par des segments ou des marches : le convertisseur utilise un filtre de reconstruction.

AVANT L’ADC

Filtre anti-repliement

Il retire les composantes qui ne pourraient pas être représentées sans aliasing.

APRÈS LE DAC

Filtre de reconstruction

Il produit un signal analogique continu à partir de la suite d’échantillons.

ALIASING

Une fausse fréquence

Une composante au-dessus de la fréquence de Nyquist se replie dans la bande utile et ne peut plus être séparée après coup.

Revoir le repliement avec le laboratoire Nyquist →
02

ERREUR DE QUANTIFICATION

Le dithering échange une distorsion contre un bruit

Sans dithering, l’erreur dépend du signal : sur les faibles niveaux, elle peut devenir périodique et produire des harmoniques. Un bruit de très faible amplitude ajouté avant la réduction de résolution rend l’erreur moins corrélée au signal.

Signal haute résolution+Dither TPDF→Quantification

LABORATOIRE

Voir l’erreur changer de nature

Le réglage initial est propre : 16 bits, aucun dither. Réduis la résolution pour révéler l’artefact.

SIGNAL ET ERREUR · ERROR × GAIN
OriginalQuantifiéErreur amplifiée
NIVEAUX DISPONIBLES65 536
PAS DE QUANTIFICATION−90,3 dBFS
S/B THÉORIQUE98,1 dB

À 16 bits, l’erreur est trop petite pour être distinguée à cette échelle sans amplification.

LABORATOIRE · À L’OREILLE

Là où le dither s’entend : la fin d’une réverbération

Sur un rendu à niveau normal, le manque de dither est presque impossible à entendre. Il se révèle quand le signal frôle le dernier bit : dans les queues de résonance et de réverbération, surtout quand un rendu trop faible doit être remonté. C’est ce que reproduit cet outil : le rendu est remonté automatiquement pour l’écoute. Écoute surtout la fin de la réverbération, au casque.

Exporter en 24 bits ou en virgule flottante repousse ce problème bien au-dessous de tout ce qui s’entend. Le dither reste nécessaire au moment où l’on réduit définitivement la résolution, par exemple pour livrer un fichier en 16 bits. Et quand on recherche au contraire ce grain ? C’est le lo-fi.

03

SAMPLE-RATE CONVERSION

Changer de fréquence demande un nouveau filtrage

Une conversion de fréquence d’échantillonnage ne consiste pas à supprimer ou dupliquer quelques points. Le système reconstruit une représentation intermédiaire, filtre selon la nouvelle limite de Nyquist puis calcule les nouveaux échantillons.

Opération
Risque
Protection
Coût
Réduction de fréquence
Aliasing
Filtre passe-bas
Calcul et transition
Réduction de bits
Distorsion de quantification
Dither adapté
Bruit très faible

La qualité dépend notamment du filtre, de sa bande de transition et de la précision des calculs. Le suréchantillonnage (oversampling) applique temporairement ce principe autour d’un traitement non linéaire.

Relier oversampling, non-linéarité et aliasing →
04

AU-DELÀ DE LA QUANTIFICATION

Ce que seul le calcul permet

Jusqu’ici, le numérique apparaît surtout comme une contrainte : échantillonner, quantifier, filtrer pour éviter l’aliasing. Mais un ordinateur ne fait pas que stocker le son : il peut le calculer, et certains calculs n’ont aucun équivalent en électronique analogique. Leur secret est souvent le même : garder quelques millisecondes de signal en mémoire. En retardant un peu la sortie, l’ordinateur « voit l’avenir » du signal qu’il traite.

PHASE LINÉAIRE

Filtrer sans décaler

Un égaliseur qui retarde toutes les fréquences de la même durée : impossible sans connaître la suite du signal.

ANTICIPATION

Réagir avant l’attaque

Un limiteur qui baisse le gain juste avant qu’une crête n’arrive.

FFT

Travailler fréquence par fréquence

Analyser un spectre, retirer un bruit, étirer un son sans changer sa hauteur.

SURÉCHANTILLONNAGE

Calculer plus finement

Travailler temporairement à une fréquence plus élevée pour limiter l’aliasing d’une saturation. Voir la coloration.

05

MINIMUM PHASE · LINEAR PHASE

Phase minimale ou phase linéaire

Un filtre ne change pas seulement le niveau des fréquences : il les décale aussi un peu dans le temps, surtout près de sa fréquence de coupure. C’est sa réponse en phase (voir Signal et systèmes). Beaucoup d’égaliseurs numériques proposent de choisir comment ce décalage se comporte.

PHASE MINIMALE

Le comportement analogique

Le filtre ne regarde que le passé : aucune latence, rien ne précède les attaques. Les fréquences proches de la coupure sont légèrement retardées. C’est le mode par défaut de la plupart des égaliseurs.

PHASE LINÉAIRE

Tout reste aligné

Toutes les fréquences subissent le même retard : la forme d’onde n’est pas déformée par le décalage. En échange, une latence importante, et une légère pré-oscillation qui démarre avant les attaques (pre-ringing).

MODES MIXTES

Des compromis

Certains égaliseurs proposent des modes intermédiaires (« naturel », « mixte ») qui limitent le pré-écho tout en réduisant les décalages. Leur définition exacte dépend de chaque plugin.

Quand choisir la phase linéaire ? Quand plusieurs versions d’un même son sont additionnées (micros multiples d’une batterie, traitement en parallèle, égalisation par bandes M/S) et au mastering pour des corrections douces. À éviter sur les attaques très franches avec des filtres raides, et quand on joue en direct.

LABORATOIRE

Un coupe-bas raide sur une grosse caisse

Même courbe de gain, deux phases. Regarde ce qui se passe avant la frappe, puis écoute. Change la fréquence de coupure : le pré-écho est le plus marqué quand le filtre coupe là où la grosse caisse a le plus d’énergie, autour de 100 à 150 Hz.

06

LOOKAHEAD

L’anticipation : réagir avant l’attaque

Un compresseur ou un limiteur analogique découvre une crête en même temps qu’elle passe. Même très rapide, sa réduction de gain arrive un peu tard : le tout début de l’attaque dépasse. Un limiteur numérique peut retarder le signal de quelques millisecondes, analyser ce qui arrive, et commencer à baisser le gain avant que la crête ne sorte.

SANS ANTICIPATION

Des crêtes passent

Il faut alors une attaque très rapide, qui déforme le son, ou accepter de petits dépassements.

AVEC ANTICIPATION

Un plafond tenu

C’est ce qui permet aux limiteurs de mastering de garantir un plafond, avec une attaque plus douce.

LE PRIX

Quelques millisecondes

La latence égale la durée d’anticipation. La DAW la compense à la lecture ; mieux vaut l’éviter sur une piste qu’on enregistre.

LABORATOIRE

Un limiteur face à une caisse claire

Au départ, pas d’anticipation : repère les points rouges qui dépassent le plafond. Augmente ensuite l’anticipation jusqu’à les faire disparaître.

07

FAST FOURIER TRANSFORM

La FFT : passer du temps aux fréquences

La transformée de Fourier rapide (FFT, Fast Fourier Transform) découpe le signal en courtes fenêtres et calcule, pour chacune, le niveau de chaque fréquence. C’est ce que montre un analyseur de spectre. Mais on peut aussi modifier ces fréquences, puis revenir au signal : un traitement impossible à réaliser avec des filtres analogiques.

ANALYSER

Spectre et spectrogramme

Les analyseurs des égaliseurs, les vumètres spectraux, les éditeurs spectraux.

NETTOYER

Retirer un bruit

Repérer un souffle, une ronflette ou un clic dans le spectre et l’atténuer. La séparation de sources part du même principe.

TRANSFORMER

Étirer, transposer

Changer la durée sans changer la hauteur, ou l’inverse, en retravaillant les fenêtres une à une.

CONVOLUER

Réverbération à convolution

Appliquer la réponse d’une vraie salle à un son : la FFT rend ce calcul assez rapide pour le temps réel.

Toute la difficulté est dans la taille de la fenêtre. Une fenêtre longue distingue des fréquences très proches, mais brouille les événements rapides. Une fenêtre courte situe précisément un clic, mais confond les fréquences voisines. On ne peut pas avoir les deux à la fois : c’est un compromis fondamental, pas un défaut de réglage.

LABORATOIRE

Le compromis temps / fréquence

Le signal contient deux notes très proches (440 et 470 Hz) et quatre clics. Change la taille de la fenêtre : essaie de voir à la fois les deux notes séparées et les deux premiers clics distincts.

08

SPECTRUM ANALYZER

Lire un analyseur de spectre

L’analyseur de spectre, celui qu’on voit derrière les courbes des égaliseurs, est une FFT recalculée plusieurs dizaines de fois par seconde. Il montre l’intensité de chaque fréquence à l’instant présent. Mais ce qu’il dessine dépend beaucoup de ses réglages : deux analyseurs peuvent montrer deux images différentes du même son.

TAILLE DE FFT

La finesse

Une grande FFT sépare mieux les fréquences, surtout dans le grave, mais réagit plus lentement.

TEMPS DE RÉPONSE

Le lissage

Moyenner plusieurs mesures stabilise l’image d’un bruit ou d’un mix, au prix de la réactivité.

PENTE

L’inclinaison d’affichage

Beaucoup d’analyseurs ajoutent une pente (souvent 3 ou 4,5 dB par octave) pour qu’un mix équilibré paraisse à peu près plat.

AXE

Linéaire ou logarithmique

L’axe logarithmique donne la même largeur à chaque octave, comme notre perception des hauteurs.

LABORATOIRE

Un analyseur en temps réel

Lance l’analyse sur le bruit rose : il semble descendre vers les aigus. Ajoute une pente de +3 dB par octave, puis essaie les autres sources et réglages. Le son n’est pas obligatoire : coche « Écouter aussi » si tu veux l’entendre.