Le support
Film, jeu vidéo, morceau, spectacle, notification de téléphone : chaque support a ses durées, ses niveaux et ses systèmes d’écoute.
06 · SOUND DESIGN
Concevoir un son précis pour un usage précis : un impact de bande-annonce, une ambiance, une texture, un son de synthé qui signe un morceau. Ce n’est pas une technique de plus, c’est une façon de combiner synthèse, samples et traitements.
BRIEF
Un bon son se juge dans son contexte. Avant d’ouvrir un synthé, quelques questions orientent tout le travail.
Film, jeu vidéo, morceau, spectacle, notification de téléphone : chaque support a ses durées, ses niveaux et ses systèmes d’écoute.
Lourd ou léger, proche ou lointain, réel ou étrange, menaçant ou amusant. Quelques mots suffisent à guider les choix.
Ce qui joue en même temps : un son peut être magnifique seul et disparaître dans la musique, ou la masquer.
LAYERING
Un son de cinéma est rarement un seul enregistrement. On superpose plusieurs couches, chacune chargée d’une partie du résultat : l’attaque, le poids, la pression, l’espace. Pour qu’elles fusionnent en un seul son, chacune doit occuper sa zone de temps et sa zone de fréquences.
LABORATOIRE 1
Joue l’impact complet, puis retire une couche à la fois. Essaie aussi de retarder le corps ou de ne plus filtrer les couches.
RÈGLES DE SUPERPOSITION
Couper le grave de la transitoire, l’aigu du sub, le bas de la queue : chaque couche garde ce qu’elle apporte et laisse la place aux autres.
Quelques millisecondes de décalage suffisent à entendre deux coups. Zoomer sur les formes d’onde et caler les débuts.
Envoyer les couches sur un bus, puis compresser ou saturer légèrement ce bus : le traitement commun les soude.
RESAMPLING
Rééchantillonner, c’est enregistrer en audio le résultat d’un traitement, puis traiter à nouveau ce nouveau fichier. Chaque étape devient une matière première, et on peut aller beaucoup plus loin qu’avec une seule chaîne d’effets.
Rendre la réverbération d’un son, la retourner, puis la placer avant le son : une montée qui aspire vers l’attaque.
Un son ralenti révèle des détails invisibles : un bruit de papier devient un grondement.
Les artefacts d’un étirement très fort deviennent une texture, une nappe, une ambiance.
Un son distordu puis filtré puis réverbéré, rendu, et retraité : c’est souvent ainsi que naissent les sons « impossibles ».
Rendre en audio, c’est aussi libérer l’ordinateur et figer une décision : voir figer, rendre, imprimer et, pour la différence entre ré-échantillonnage et étirement, le chapitre Échantillonnage.
GRANULAR SYNTHESIS
Un granulateur découpe un son en grains très courts (de 10 à 200 ms environ), chacun avec un petit fondu d’entrée et de sortie, puis les rejoue en les faisant se chevaucher. En choisissant où prélever les grains, leur taille, leur nombre et leur hauteur, on transforme n’importe quel enregistrement en nuage, en texture ou en instant figé.
LABORATOIRE 2
Le son de départ est l’extrait musical du site. Essaie les préréglages, puis déplace la position pendant la lecture.
USAGES
Des grains prélevés toujours au même endroit tiennent un instant indéfiniment : une note de voix devient une nappe.
Avancer lentement dans le son allonge sa durée sans le transposer : c’est le principe de nombreux algorithmes d’étirement.
Dispersion et hauteurs aléatoires transforment un son reconnaissable en ambiance mouvante, idéale pour un fond ou une transition.
FIELD RECORDING & FOLEY
Les meilleures banques de sons sont souvent celles qu’on fabrique. Un téléphone suffit pour commencer ; un enregistreur portable fait vite la différence.
Du céleri qu’on casse, un sac de riz, du papier froissé, une porte de placard : enregistrés de près puis transformés, ils deviennent des sons de film.
Varier la force, la distance, la vitesse. Enregistrer aussi le silence de la pièce : il servira pour les raccords.
Une gare, une forêt, une cuisine : quelques minutes d’ambiance donnent un fond réaliste, ou une matière à granuler.
Un nom qui décrit le son, le lieu, la date : « porte_bois_claque_fort_03.wav ». Sans cela, la banque devient inutilisable.